Trop de chat, tue le chat ?

Inventé par le militant Eli Pariser, le concept de bulles de filtres désigne “l’isolement intellectuel” subi par les internautes.

Guillaume Chaslot, le fondateur d’AlgoTransparency, illustrait ainsi dans Better Web : "L'enfermement algorithmique, c'est quand on commence à regarder un certain type de contenus, par exemple une vidéo de chat. L'algorithme se dit : "il doit vraiment aimer les chats, donc je vais lui recommander une autre vidéo de chat"... Et finalement, l'algorithme finit par valoriser ces contenus par rapport à tout le reste".

A qui la faute ?

Les premiers responsables de cette flopée de félins, ce sont donc les algorithmes, ou plutôt la façon dont ils sont conçus.

“Il y a un but clairement mercantile derrière cela. Le modèle d’affaires des plateformes c’est de maximiser le temps que vous allez passer dessus ou sur les réseaux sociaux, nous expliquait Olivier Babeau, cofondateur du laboratoire d’idées Institut Sapiens. En maximisant ce temps, on peut vous proposer de la publicité, et aussi mieux vous connaître, donc mieux vous exploiter. C’est le fameux ‘temps de cerveau humain disponible’ dont parlait Patrick Le Lay de TF1”.

Selon lui, les failles humaines sont exploitées jusqu’à ce que les technologies supposées être nos serviteurs “deviennent nos maîtres” - oui, oui, comme dans Matrix. Nous avons en effet une tendance naturelle à vouloir confirmer nos biais. “Si on ne veut pas savoir ce que les autres pensent, ce n’est pas seulement à cause d’Internet, estimait Xavier de La Porte sur France Inter. Les nouvelles technologies ne sont pas entièrement responsables de notre propension à rester dans les mêmes idéaux.”

Les grandes méchantes bulles

Lorsqu’elles sont anodines, il n’y a rien de mal à se complaire en barbotant dans ses bulles de filtres. Diam’s en a même fait un album jadis. Dans d’autres domaines, le fait qu’elles occultent tout le reste peut vite devenir problématique. Lors de la dernière campagne présidentielle américaine, le rôle potentiel des réseaux sociaux a été particulièrement pointé du doigt. Des bulles semblaient s’être formées autour de groupes d’internautes, occultant pour eux une partie de la campagne. Par exemple, beaucoup ont cru qu’Hillary Clinton serait forcément élue en 2016… La nouvelle de l’élection de son concurrent, vous l’imaginez bien, a été d’autant plus difficile à encaisser.

Si l’on manque de données chiffrées précises à ce sujet, la question d’un endoctrinement a toujours été au cœur des inquiétudes. Eli Pariser écrivait ainsi dans le Time : « Vous vous endoctrinez vous-même avec vos propres opinions. Vous ne réalisez pas que ce que vous voyez n’est qu’une partie du tableau. Et cela a des conséquences sur la démocratie : pour être un bon citoyen, il faut que vous puissiez vous mettre à la place des autres et avoir une vision d’ensemble. Si tout ce que vous voyez s’enracine dans votre propre identité, cela devient difficile, voire impossible. » Certains vont jusqu’à remettre en cause la valeur du vote.

illustration par lemon.fee pour Qwant

Éclater les bulles

Internet a heureusement l’avantage d’offrir une multitude de sources d’informations. Au lieu de n’acheter et ne lire qu’un seul journal, on peut naviguer sur des sites aux opinions très diverses… et donc, éclater un peu les bulles de filtres. Sur les réseaux sociaux, vous trouverez des comptes qui regorgent d’avis contraires au vôtre. Des outils comme Their Tube vous embarqueront le temps d’un instant dans d’autres bulles.

On vous conseille aussi d’utiliser des plateformes et sites qui collectent et exploitent le moins possible vos données personnelles. Les contenus qui vous seront proposés seront moins personnalisés. Au début, cela peut paraître un peu déconcertant, mais si cela permet d’accéder au merveilleux monde des vidéos de chiens… Le jeu en vaut largement la chandelle (un aperçu est disponible via ce lien pour vous le prouver).

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